Francesca Dal Chele ''D’OÙ VIENT CE BRUIT À L’HORIZON ? ''.

Au centre des expositions Paul Courboulay / Le Mans.

Jean Hervoche terres nues les photographiques

Cela ressemble à un fracas : celui des promoteurs, de la "régénération " au cœur du quartier de Tarlabaşı, à Istanbul. Entendons aussi les murmures des petites gens, migrants, délinquants, prostitués, espérant rester ici en attendant mieux.
Voici l’invitation faite par les photographies de Francesca Dal Chele.
Après neuf années à documenter ce lieu, son exposition évoque la peur et les espoirs ; le peuple et son quotidien de misère et de joie. 
De fait, les images fragmentées, loin de toute complaisance, plongent au cœur de ruelles sordides où gît la violence des pipes à crack. A travers le reflet d’un quotidien laborieux, d’une existence de petits commerces, d’hôtels une étoile, l’œil erre dans un dédale de façades aveugles, de gravats, de palissades sans fin. Les travaux commencent puis ne semblent jamais devoir finir.
Toutefois, ce quartier ne peut se résumer à un décor tragique. Les habitants saisis par l’artiste tentent de rester debout pour poursuivre une existence courageuse. Hélas, ils font face, en plus des immeubles éventrés ou des expulsions, à ces mots terribles du maire de Çukur Mahalle « Les pauvres n’auront plus leur place à Tarlabaşı. » Non il n’y aura plus de pauvres, mais des immeubles clinquants, des centres commerciaux, un monde uniformisé où un H&M à Londres ressemblera furieusement à celui de Varsovie ou d’Istanbul.
Qu’importe les gens : le libéralisme économique poursuivra ainsi sa marche triomphante.

Jean Hervoche terres nues les photographiques

Par bonheur, il existe encore des personnes comme Francesca Dal Chele pour qui l’autre n’est pas qu’une notion abstraite, un mot que l’on prononce sans y réfléchir.
Loin de toute recension un peu exotique, elle décide de faire corps avec eux. Tarlabaşı apparaît dans sa vraie complexité : des travaux sans fin, des humains, des difficultés, la voracité des promoteurs, la nécessité d’assainir ; toutes ces choses qui font que la carte n’est pas le territoire. Ses images sont aux prises avec des réalités aussi cruelles que belles et portent la beauté véritable : l’humanité au cœur d’un territoire en déliquescence.

Frédéric Martin

Francesca Dal Chele, née aux Etats-Unis, vivant à Paris depuis 1978, est photographe-auteure indépendante de formation essentiellement autodidacte, appuyée par des stages à l’École Nationale de la Photographie d’Arles.

Son langage photographique associe démarche documentaire critique et approche intuitive intéressée par des réalités sociales.
Depuis 2007, elle examine la globalisation néolibérale et ses effets dévastateurs sur l’urbain, l’environnement et le creusement des inégalités sociales. Son terrain est la Turquie. Elle a parcouru l’Anatolie et Istanbul afin d’interroger les phénomènes de l’homogénéisation des villes, l’étalement urbain et la gentrification. Ses travaux forment une trilogie : du Loukoum au Béton, Le Passé de l’Avenir et D’où vient ce bruit à l’horizon ?.

En 2001, elle reçoit le Prix Fujifilm/Union des Photographes Créateurs.
En 2024, SALT Research (Istanbul) crée l’Archive Francesca Dal Chele.