CORINNE MERCADIER (Galerie Les filles du calvaire)
"A la lune" - série "Le ciel commence ici" 2013-2017 /courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
CORINNE MERCADIER (Galerie Les filles du calvaire)
"Demain" - série "Solo" 2011-2012 / courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
CHRISTOPHE HARGOUES
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JULIEN COQUENTIN
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Le Roman familial
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JEREMY TACHEAU
Autremans

 

JULIEN COQUENTIN

''Saisons noires''

Au centre des expositions Paul Courboulay / Le Mans

Julien Coquentin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"J’ignore le moment où cette série a précisément commencé. Sans doute pas à la première photo. Je crois que tout ceci remonte à bien plus loin, au-delà de ma propre mémoire. Ce sont des images qui se bousculent : un curé revêtu d’une longue cape noire, marchant dans la neige au cœur d’une forêt, tenant en équilibre sur ses épaules une chambre photographique. Ce sont encore des images de gamins dévalant des prés, un morceau de bois sur lequel ont été cloués quelques insectes, des sauts de l’ange dans un déversoir et un tiroir qui chute. Ce tiroir, échappé d’une petite table de chevet que je déménageais en décembre 2013, libérait ainsi ce qu’il dissimulait : une facture de bistrot et une prescription médicale, datées toutes deux de 1947, une poignée de coton, une photographie sur laquelle figurait ma mère, enfin du papier destiné à l’entretien de verres optiques.
Cette table de nuit fait partie de ces meubles auxquels je suis attaché et dans lequel par mégarde, ma grand-mère maternelle, morte en 2008, avait laissé s’échapper ces quelques éléments, dissimulés depuis 60 ans. Le plus troublant dans cette découverte n’a pas été les papiers, ni la photographie d’ailleurs, mais bien plutôt cette chose si précieuse, enfermée là durant toutes ces années... confinement délicat : son odeur.
La bourre de coton contenait son odeur.
J’ai gardé précieusement l’ensemble afin de le montrer à sa fille, ma mère, avant de glisser à nouveau chaque élément derrière le tiroir, au cœur de ce double fond presque inaccessible, là où demeure circonscrite l’odeur de ma grand-mère.
Mes saisons noires sont celles de l’enfance, saisons plongées dans l’obscurité, que le temps chaque jour recouvre davantage. Le territoire photographié est une campagne française où j’ai grandi, et dont les paysages, semblables à cette table de chevet, dissimulent ma mémoire, toutes les odeurs et les goûts qui progressivement m’ont constitué, les sensations, la vie éprouvée, saison après saison."

Julien Coquentin

JULIEN COQUENTIN

Biographie

Infirmier et photographe tout à la fois, Julien Coquentin convie dans ses séries des thèmes aussi variés que l’enfance et la mémoire, la ville et le territoire, il nous invite autant à arpenter le monde pour découvrir l’autre qu’à un voyage intérieur pour se découvrir soi- même. Poème, journaux intimes, rêveries, errances, ses photographies s’impriment dans notre mémoire comme des souvenirs.
Après la longue errance urbain qu’a figuré la série tôt un dimanche matin (2010-12) imaginée comme la traversée d’une ville lointaine, Julien a travaillé quelques mois en Malaisie sur l’île de Bornéo d’où est issu un projet sur la déforestation intitulé Green Wall (2012).
Aujourd’hui Julien vit en France où il vient d’achever sa série Saisons noires, plongée dans son enfance et traversée du territoire intime de ses souvenirs, dans un décor de campagne où le temps ne semble pas avoir de prise.